Un bar le soir, comme sur un bras de lumière dans une mer noire.
La ville, ses immeubles, ses maisons, ses méandres. Coraux et récifs, algues et nénuphars urbains. Nos existences minuscules se nagent jusque dans les plus petits espaces.
Il y eut un enfant qui n'avait rien à faire. Un peu plus tôt, à l'heure de l'école buissonnière. Il jetait des cailloux un peu partout. Un tir bien ajusté a brisé l'ampoule du seul phare qui restait. Des navires s'égarent. Peurs et dérives. Trajets détournés. Autre histoire.
Bar ouvert. Consommations pas chères. Port éphémère.
Les clients déferlent. Marins des journées vives. Naufragés de l'ennui. Navigateurs de l'urgence. Contrebandiers d'ironies. Robinsons des cuites solitaires. Danseuses de la houle nocturne. Séducteurs à quai, aux mains itinérantes. Pêcheurs de reflets de lune. Vieux matelots d'anciennes explorations. Causeurs clandestins débarqués des cales du silence. Sirènes dans la mélodie des vagues. ....
Derrière les vitres, une tringle sans rideau. Une balance rudimentaire pour peser le poids du vide.
Buée de la joie. Brume de l'insouciance. Vue réduite sur la rue.
Le large est un regard qu'on a manqué ou des yeux qu'on rencontre. On ne le sait pas à l'avance quand on tourne la tête.
L'aquarelle des tristesses se dilue à gouttes de rhum. Les formes et les difformités du monde s'animent au-dehors, comme un drame d'ombres chinoises loin, loin du port.