Elle lui rendait visite en prison. A chaque fois ébranlée. Par les murs. Le bruit métallique des portes. Les corps enfermés. Mais elle y allait. Pour lui. Pour soutenir ce qu'elle percevait en lui. Un courage qui ne fond pas. Une envie de rester aussi humble et fragile qu'un sourire discret au parloir. Sans colère inutile. Avec la conscience vive, incisée dans la peau du visage, de la faute commise. Et puis, un jour, elle fait monter dans sa voiture quelqu'un qui faisait du s...top à quelques kilomètres du centre pénitentier. On lui demande un service, une enveloppe à passer à un détenu. Elle refuse. On lui exprime une menace diffuse. Sous-entendue dans des phrases banales. On lui répète. Qu'il faut qu'elle fasse attention à elle. Qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Et l'auto-stoppeur revient. Un jour sur le parking visiteurs. Un jour, sur le parvis devant la gare. Un autre jour, encore, dans la rue. Il surgit. Se tient tout près d'elle. Etouffant presque l'espace nécessaire pour respirer. Ses mains l'effleurent. La menace n'est plus cachée. Aussi claire qu'une lame sous la gorge. Alors elle renonce. Elle n'ira plus. Même pour lui. Même pour un sourire au parloir qu'elle aurait gardé comme un peu de chaleur au coeur. Elle ne dit rien à personne. Surtout pas à lui. Elle a peur qu'il veuille se venger. Effacer la menace par une ruée de coups dans une coursive. Elle sait qu'il le peut. Qu'on lui retourne vite le sang dans la tête.