Le prochain agent de tu-ne-sais-quoi qui se pointe et t'interroge, regarde-le, calme-le - regard froid, persistant. 
"- Nom, prénom !"
Là, ne réponds pas. 
Calme-le, regard froid et persistant.
"Date de naissance !"
Là, tu réponds, tu lui envoies une chanson de ta naissance, un son d'où tu viens.

L'identité n'est pas contrôlable. C'est un frisson souterrain, une explosion imprévisible.
Tu as parfois envie que ce soit un poing dans sa gueule.
Ca peut être une giclée de rock se mêlant aux bruits des rues, griffant le silence des bureaux. 
Ca ne doit pas rester une prison qu'on se trimbale.
Nom, prénom, date de naissance... 

Il faudrait des avocats mélomanes, experts en identité, qui accompagnent leur client à la barre, en entonnant son chant-soi. 

Il faudrait des agents municipaux à l'oreille absolue, copiant note par note dans le livret de famille l'air bafouillé par les parents pour nommer le nouveau venu.

Et ce serait ça, la rue ; un être, un air. Et il faudrait encore qu'on puisse gueuler le fin fond de soi, Ravel, la liturgie, Cabrel, N.T.M. ou Coltrane. Et plus que les ondes du wifi, ce seraient les voix des autres qui nous traverseraient à tout bout de chant.